• Réhabilitation d'une usine de décolletage en loft

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    La vallée de l'Arve, plus connue sous le nom de vallée du décolletage, a souffert d'un gros manque de cohérence urbanistique en voyant se côtoyer, au fur et à mesure de l'essor de l'activité au cours du XXème siècle, bâtiments industriels, entrepôts, vieilles fermes rurales et bâtiments d'habitation divers, maisons ou immeubles.

    Certaines activités industrielles étaient alors directement annexées aux maisons des entrepreneurs qui, désormais arrivés à l'âge de la retraite, se retrouvent avec de vieilles friches industrielles dont ils ne savent plus quoi faire.

    Ce projet de loft, situé à Marignier, m'a été confié afin de réhabiliter la première partie d'un bâtiment artisanal issu d'un partage patrimonial, avec pour contrainte de ne pas pouvoir toucher à la partie appartenant aux autres héritiers.

    Un certain nombre de points négatifs furent observés par rapport au Plan d'Occupation des Sols actuel de la commune, et j'entrepris de les mettre en conformité, dans la mesure où cela s'avérait possible. Grâce à une collaboration étroite avec les différents services instructeurs du permis de construire, des compromis furent trouvés pour satisfaire à la fois les exigences du maître d'ouvrage et celles de l'administration. Le maître d'ouvrage et moi-même avons rencontré le maire afin d'obtenir son accord de principe avant de déposer le permis, je pris le temps de réexpliquer tout le projet à l'instructeur de la Communauté de Communes Faucigny-Glières, mais cela ne suffit pourtant pas à éviter de grandes polémiques au sein de la commission d'urbanisme… qui débouchèrent sur un refus pur et simple de notre projet de réhabilitation.

     

    Le permis de construire fut refusé sur la base de deux prétextes points discutables :

    - aggravation d'un problème de prospect : l'angle sud-ouest du bâtiment existant se situant à une distance au voisin de 3,88 mètres au lieu des 4 mètres autorisés par le POS, le fait de rapporter une isolation extérieure visant à respecter les nouvelles exigences en terme d'isolation thermique présente une aggravation qui n'est pas encore abordée dans les textes législatifs actuels

    J'avais déjà défendu cette prise de position dès le début de mes discussions avec la Mairie, en argumentant que le projet avait pour objectif de constituer un bâtiment Très Haute Performance Energétique, voire d'atteindre les performances exigées pour les Bâtiments à Basse Consommation visés par le Grenelle de l'Environnement, et que le Ministère du Développement Durable donnait la possibilité aux communes de pouvoir déroger à certaines règles du POS dans des cas comme celui-ci (Loi Grenelle 1 article 7 - projet de loi Grenelle 2 article 11). Dans notre cas, cette aggravation restait d'autant plus tolérable qu'elle ne posait pas de problème ni au voisin ni à l'intérêt public, et qu'elle ne concernait également qu'une infime partie du bâtiment (un angle seulement)

    - le second point sur lequel s'appuya le refus fut un non-respect des pentes de toiture, exigées par le POS à 40% minimum

    A mes yeux, cet argument est irrécevable, le POS autorisant justement les toitures plates sous justification architecturale. Or, l'intention du projet, clairement décrite dans la notice du permis, est de préserver une unité d'ensemble du bâtiment (constitué pour moitié, rappelons-le, d'une partie pour laquelle les  propriétaires ne souhaitent pas effectuer de travaux particuliers hormis un effort de ravalement de façade visant à permettre l'obtention du permis du maître d'ouvrage). De plus, le fait de toucher à la toiture existante découle directement de la mise en conformité du bâtiment par rapport à une exigence du Plan de Prévention des Risques Naturels de la commune (zone potentiellement inondable)…

    Un recours grâcieux fut donc déposé auprès de la Mairie, visant à faire comprendre que la partie de toiture refaite du bâtiment existant ne représentant qu'un sixième de la longueur totale du bâtiment, un volume avec une toiture de pentes à 40% serait totalement disgracieux et dépourvu de sens.

    Un nouvel entretien avec la mairie fut obtenu, au cours duquel j'eus confirmation que le projet n'était en réalité refusé que sur des raisons esthétiques, et l'on insista pour nous faire refaire le projet, certains membres de la commission émettant une hostilité assez tenace vis-à-vis de ce projet faisant encore trop "usine", remarque assez déroutante étant donné la marge de manœuvre du projet par rapport à l'intégralité de l'atelier existant ! A tout hasard, je posai la question du problème de l'aggravation de prospect… et l'on me glissa que l'administration n'en tiendrait alors pas compte en cas de nouvelle proposition esthétiquement satisfaisante, le but étant de montrer davantage que le projet est bel et bien une habitation  (avec un beau toit bien traditionnel selon les représentations mentales des enfants de maternelle) et non une usine !

    J'eus du mal à contenir mon exaspération vis-à-vis de l'inculture architecturale largement répandue au sein des commissions d'urbanisme, mais par manque d'expérience, je pris tout de même la décision d'aller demander conseil au CAUE (conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement).

    Entre professionnels de l'architecture, le courant passa assez bien et le conseiller parut assez enthousiasmé par le projet, me conseillant vivement de ne pas refaire la moindre esquisse, et en m'accordant immédiatement le soutien du CAUE en adressant une lettre directement à la commune de Marignier.

    Monsieur Nicolas Brégant, me présente le projet qu'il a établi pour son client, monsieur XXX, sur la commune de Marignier. Le projet consiste en la modification partielle d'une ancienne usine en habitation.

    Le bâtiment originel présente une architecture simple et peu caractérisée de hangar auquel a été greffée une extension dans les années 80. Le bâtiment pris dans sa globalité est relativement imposant du fait de sa grande longueur et aussi de sa largeur significative. La présence de cet édifice dans le paysage de la plaine du fond de la vallée de l'Arve ne surprend pas, tant l'histoire locale est empreinte de la culture du décolletage. Il est en effet courant d'observer en complément ou dans le prolongement des maisons d'habitation, la présence d'un atelier ou d'une petite usine. On peut d'ailleurs considérer que ces ensembles habitat-ateliers forment des éléments identitaires de ce secteur. Les évolutions économiques récentes tendent toutefois à encourager la création de structures industrielles plus imposantes qui progressivement rendent obsolètes ces ateliers familiaux qui se trouvent alors désaffectés. Les bâtiments alors libérés s'offrent comme des espaces intéressants à réutiliser pour des fonctions d'habitat ou d'activité. Les volumes disponibles généreux favorisent la création d'espaces ouverts de grande qualité et la réutilisation de ces bâtiments existants, en évitant leur démolition puis la construction de structures neuves, est une manière judicieuse d'œuvrer dans le sens d'un développement durable et respectueux de la mémoire collective locale.

    Le projet dessiné par monsieur Brégant réutilise très adroitement le volume initial tout en remodelant qualitativement ses élévations. Seule la moitié de l'ancien atelier étant concernée par le projet, le concepteur a été naturellement conduit à contenir le développement en hauteur du projet, pour préserver une lecture cohérente de l'ensemble, et ce, tout en répondant aux impératifs du Plan de Prévention des Risques Naturels.

    L'absence de toiture est naturellement légitimée par la nature même de l'édifice originel et par sa faible
    hauteur. L'installation d'un toit conventionnel (pente d'au moins 40%) sur cette construction lui confèrerait un impact très important dans le paysage et une lourdeur peu convenable, un écueil que monsieur Brégant a su éviter avec goût.

    Les nouvelles élévations, par leur modernité, évitent cependant toute confusion quant à la nature de l'édifice, la fonction d'habitat s'y lisant de manière évidente. Le soin apporté à leur composition, la qualité rigoureuse de leur mise au point (en tenant compte de la course du soleil) et la sobriété globale du volume, fondent un projet de qualité remarquable qui pourrait être utilisé comme référence en la matière.

    Annecy, le 10 mai 2010,

    Stéphan D., architecte conseiller du CAUE de Haute-Savoie.

     

    Evidemment, cette lettre ne pouvant avoir de valeur juridique (en tant qu'avis d'expert) qu'au cas où la situation irait jusqu'au tribunal, il n'y eut pas le moindre revirement de position de la part des services concernés, et le mur administratif qui se dresse encore devant nous ne semble pas prêt de vouloir s'écrouler.

    Dommage…

     
     

    Que faire ? Attendre une clarification des lois vis-à-vis de l'architecture, du Grenelle de l'environnement, des Bâtiments à Basse Consommation ?

    Faire de l'architecture, c'est 20% d'inspiration, 10% de conception, et 70% d'énergie à essayer de se faire entendre par des sourds.

    A quand, une formation de culture architecturale minimum, pour les membres des commissions d'urbanisme ?

    Pour rappels :

    * l'objectif du Grenelle Environnement est de réduire de 38%, d’ici à 2020, les consommations d’énergie dans le parc des bâtiments existants, et de 50% les émissions de gaz à effet de serre. En Haute-Savoie, pour parvenir à de tels résultats, la mise en place d’un isolant intérieur est désormais totalement inadaptée.

    * les conclusions du Grenelle Environnement ont prévu la réalisation d’une quinzaine de « grands projets d’innovation architecturale, sociale et énergétique » et au moins un EcoQuartier, avant 2012, dans toutes les collectivités qui ont des programmes de développement de l’habitat significatif (communiqué du Conseil des ministres du 04/11/2009). Pour tenter de convaincre les possibles détracteurs de l’architecture contemporaine, dont ceux qui étaient présents à la Commission d’Urbanisme, j’insiste sur les termes « innovation architecturale ». On n’atteint pas de nouveaux objectifs énergétiques en méprisant toute évolution technique et tout nouveau matériau. L’architecture est le reflet d’une époque. Lorsque l’on accepte de se servir d’une voiture, d’un lave-vaisselle, d’avoir l’électricité et l’eau courante, l’on se doit d’accepter également de voir des architectures qui ne ressemblent plus aux maisons traditionnelles « quatre murs un toit 2 pans ». L'architecture dite contemporaine résulte de nouvelles exigences qui n’existaient pas lors de la construction des habitations qui ont constitué nos références mentales.

    "Une grande époque vient de commencer. Il existe un esprit nouveau. Il existe une foule d’œuvres d’esprit nouveau ; elles se rencontrent surtout dans la production industrielle. L’architecture étouffe dans les usages. Les « styles » sont un mensonge. Le style, c’est une unité de principe qui anime toutes les œuvres d’une époque et qui résulte d’un esprit caractérisé. Notre époque fixe chaque jour son style. Nos yeux, malheureusement, ne savent pas le discerner encore."

    Le Corbusier - Vers une architecture

     


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  • Commentaires

    1
    dplgil
    Mardi 1er Juin 2010 à 01:28
    C'est une honte de voir à quel point le métier d'architecte est si peu reconnu dans ce pays. Le travail des ouvertures me rappelle André Wogenscky, collaborateur et disciple du Corbu, et le projet gagnerait en personnalité avec un traitement coloré des façades à la hauteur de la décoration intérieure, notamment sur l'auvent de l'entrée qui s'efface timidement sur les perspectives d'insertions. Le plan est très équilibré et je dirais presque qu'il l'est beaucoup plus que ceux qui ont décidé de refuser le permis !!!
    2
    pouet44
    Mardi 1er Juin 2010 à 08:24
    Ce qui est inadmissible, c'est que ces fonctionnaires burocrates ne savent pas ce que c'est que de fournir un travail avant d'être payé, et qu'ils n'ont en conséquence aucun respects pour le travail des autres. A quoi ça sert de vouloir avancer main dans la main avec eux puisque ces gens-là appliquent systématiquement leurs droits de vie et de mort sur les autres de manière complètement lunatiques ! Vous avez raison, les membres de la commission d'urbanisme devraient avoir des diplômes de compétence adéquate avant de pouvoir se prononcer. C'est trop facile de dire c'est beau ou c'est moche et d'agir en temps que telle. Les goûts et les couleurs, ça ne se discutent pas, il n'y a qu'à regarder votre première photo avec le hangar industriel et la maison de poupée violette…
    3
    pouet44
    Mardi 1er Juin 2010 à 08:27
    Et je paris même que ce sont les mêmes qui ont trouvé le logo de l'Euro 2016 génial (-*
    4
    anna
    Mardi 1er Juin 2010 à 09:00
    Au risque de vous décevoir, vous mettez-vous à la place des voisins ? Tout le monde n'aime pas le moderne, et pour répondre à l'auteur du message précédent, ne mêlons pas les clichés à la polémique, tous les fonctionnaires ne sont pas pareils, il y en a qui aiment leur métier et qui le font très sérieusement.
    Quant aux commissions d'urbanisme, je trouve ça très bien qu'elles soient constituées d'un échantillon lambda n'ayant rien à voir avec les théories et doctrines architecturales à la mode…
    5
    Isa
    Mardi 1er Juin 2010 à 13:58
    Tout le monde n'aime pas les maisons de poupée non plus ;-) lol
    6
    confiture-mag Profil de confiture-mag
    Mercredi 2 Juin 2010 à 11:23
    Le métier d'architecte souffre simplement du fait que l'architecture n'est pas une discipline enseignée sur les bancs d'école. Un peu d'éveil architectural ne ferait pas de mal ;-)
    Maintenant, le projet vaut ce qu'il vaut et je ne suis pas A. Wogenscky, je n'invente rien et cherche seulement à appliquer des méthodes et des connaissances qui me semblent être les bonnes. La Haute-Savoie (et je ne parle pas des petits villages de montagne mais bien de la grande vallée de l'Arve, pôle mondial du décolletage !) est juste un peu à la traîne par rapport à la modernité des résidences d'habitation. Ici, le style traditionnel ne correspond à rien, il n'a été fait que de pastiches successifs qui sont bien loin des logiques et intelligences d'autrefois. Et comme toujours, c'est ceux qui ont le pouvoir de décider qui décident, et ceux qui ont le devoir de courber l'échine qui courbent l'échine%u2026
    Merci pour votre commentaire et remarques intéressantes concernant les couleurs.
    7
    confiture-mag Profil de confiture-mag
    Mercredi 2 Juin 2010 à 11:28
    Merci d'avoir remarqué vous aussi l'intégration parfaite de la "maison de poupée violette" ;-) Juste pour tempérer un peu vos propos, car là n'est pas la réflexion que je souhaiterais amorcer, les employés des services administratifs avec qui j'ai travaillé ont fait preuve de beaucoup de sérieux et de dynamisme. Ce sont les membres de la commission d'urbanisme, sortis du chapeau du maire (permettez-moi l'expression avec un peu d'humour) qui ont opposé leur véto à ce projet. Si c'était à refaire, je demanderais à participer à cette commission et à présenter mon projet moi-même pour expliquer le pourquoi du comment.
    8
    confiture-mag Profil de confiture-mag
    Mercredi 2 Juin 2010 à 11:29
    Excellent ;-)
    Pour ceux qui ne l'ont pas encore découvert : http://www.lexpress.fr/medias/322/logo-euro-2016_254.jpg
    9
    confiture-mag Profil de confiture-mag
    Mercredi 2 Juin 2010 à 11:31
    Tous les fonctionnaires ne sont pas pareils, je suis bien de votre avis, mais pour répondre à votre remarque au sujet des voisins, est-ce que vous pensez qu'ils préfèrent avoir un bâtiment orange, friche industrielle inutilisée, qui va se dégrader progressivement devant leurs yeux jusqu'à tomber en ruines ?!
    Pour les commissions d'urbanisme, je vous rejoins à la seule condition qu'il existe une éducation architecturale au sein des programmes scolaires%u2026
    ce qui revient à dire que TOUT LE MONDE devrait avoir un minimum de bagage culturel à ce niveau-là !
    10
    confiture-mag Profil de confiture-mag
    Mercredi 2 Juin 2010 à 11:32
    Ou alors chez Mickey%u2026 mais ici, nous ne sommes pas chez Mickey ;-)
    11
    Mathieu
    Vendredi 18 Juin 2010 à 21:08
    Bonjour,
    Merci de me contacter... contact@mathieuburthey.Com
    Slts,
    Mathieu
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