Réhabilitation d'une usine de décolletage en loftLa vallée de l'Arve, plus connue sous le nom de vallée du décolletage, a souffert d'un gros manque de cohérence urbanistique en voyant se côtoyer, au fur et à mesure de l'essor de l'activité au cours du XXème siècle, bâtiments industriels, entrepôts, vieilles fermes rurales et bâtiments d'habitation divers, maisons ou immeubles. Certaines activités industrielles étaient alors directement annexées aux maisons des entrepreneurs qui, désormais arrivés à l'âge de la retraite, se retrouvent avec de vieilles friches industrielles dont ils ne savent plus quoi faire. Ce projet de loft, situé à Marignier, m'a été confié afin de réhabiliter la première partie d'un bâtiment artisanal issu d'un partage patrimonial, avec pour contrainte de ne pas pouvoir toucher à la partie appartenant aux autres héritiers. Un certain nombre de points négatifs furent observés par rapport au Plan d'Occupation des Sols actuel de la commune, et j'entrepris de les mettre en conformité, dans la mesure où cela s'avérait possible. Grâce à une collaboration étroite avec les différents services instructeurs du permis de construire, des compromis furent trouvés pour satisfaire à la fois les exigences du maître d'ouvrage et celles de l'administration. Le maître d'ouvrage et moi-même avons rencontré le maire afin d'obtenir son accord de principe avant de déposer le permis, je pris le temps de réexpliquer tout le projet à l'instructeur de la Communauté de Communes Faucigny-Glières, mais cela ne suffit pourtant pas à éviter de grandes polémiques au sein de la commission d'urbanisme… qui débouchèrent sur un refus pur et simple de notre projet de réhabilitation. Le permis de construire fut refusé sur la base de deux - aggravation d'un problème de prospect : l'angle sud-ouest du bâtiment existant se situant à une distance au voisin de 3,88 mètres au lieu des 4 mètres autorisés par le POS, le fait de rapporter une isolation extérieure visant à respecter les nouvelles exigences en terme d'isolation thermique présente une aggravation qui n'est pas encore abordée dans les textes législatifs actuels
- le second point sur lequel s'appuya le refus fut un non-respect des pentes de toiture, exigées par le POS à 40% minimum
Un recours grâcieux fut donc déposé auprès de la Mairie, visant à faire comprendre que la partie de toiture refaite du bâtiment existant ne représentant qu'un sixième de la longueur totale du bâtiment, un volume avec une toiture de pentes à 40% serait totalement disgracieux et dépourvu de sens. Un nouvel entretien avec la mairie fut obtenu, au cours duquel j'eus confirmation que le projet n'était en réalité refusé que sur des raisons esthétiques, et l'on insista pour nous faire refaire le projet, certains membres de la commission émettant une hostilité assez tenace vis-à-vis de ce projet faisant encore trop "usine", remarque assez déroutante étant donné la marge de manœuvre du projet par rapport à l'intégralité de l'atelier existant ! A tout hasard, je posai la question du problème de l'aggravation de prospect… et l'on me glissa que l'administration n'en tiendrait alors pas compte en cas de nouvelle proposition esthétiquement satisfaisante, le but étant de montrer davantage que le projet est bel et bien une habitation (avec un beau toit bien traditionnel selon les représentations mentales des enfants de maternelle) et non une usine ! J'eus du mal à contenir mon exaspération vis-à-vis de l'inculture architecturale largement répandue au sein des commissions d'urbanisme, mais par manque d'expérience, je pris tout de même la décision d'aller demander conseil au CAUE (conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement). Entre professionnels de l'architecture, le courant passa assez bien et le conseiller parut assez enthousiasmé par le projet, me conseillant vivement de ne pas refaire la moindre esquisse, et en m'accordant immédiatement le soutien du CAUE en adressant une lettre directement à la commune de Marignier.
Evidemment, cette lettre ne pouvant avoir de valeur juridique (en tant qu'avis d'expert) qu'au cas où la situation irait jusqu'au tribunal, il n'y eut pas le moindre revirement de position de la part des services concernés, et le mur administratif qui se dresse encore devant nous ne semble pas prêt de vouloir s'écrouler. Dommage… Que faire ? Attendre une clarification des lois vis-à-vis de l'architecture, du Grenelle de l'environnement, des Bâtiments à Basse Consommation ? Faire de l'architecture, c'est 20% d'inspiration, 10% de conception, et 70% d'énergie à essayer de se faire entendre par des sourds. A quand, une formation de culture architecturale minimum, pour les membres des commissions d'urbanisme ? Pour rappels : * l'objectif du Grenelle Environnement est de réduire de 38%, d’ici à 2020, les consommations d’énergie dans le parc des bâtiments existants, et de 50% les émissions de gaz à effet de serre. En Haute-Savoie, pour parvenir à de tels résultats, la mise en place d’un isolant intérieur est désormais totalement inadaptée. * les conclusions du Grenelle Environnement ont prévu la réalisation d’une quinzaine de « grands projets d’innovation architecturale, sociale et énergétique » et au moins un EcoQuartier, avant 2012, dans toutes les collectivités qui ont des programmes de développement de l’habitat significatif (communiqué du Conseil des ministres du 04/11/2009). Pour tenter de convaincre les possibles détracteurs de l’architecture contemporaine, dont ceux qui étaient présents à la Commission d’Urbanisme, j’insiste sur les termes « innovation architecturale ». On n’atteint pas de nouveaux objectifs énergétiques en méprisant toute évolution technique et tout nouveau matériau. L’architecture est le reflet d’une époque. Lorsque l’on accepte de se servir d’une voiture, d’un lave-vaisselle, d’avoir l’électricité et l’eau courante, l’on se doit d’accepter également de voir des architectures qui ne ressemblent plus aux maisons traditionnelles « quatre murs un toit 2 pans ». L'architecture dite contemporaine résulte de nouvelles exigences qui n’existaient pas lors de la construction des habitations qui ont constitué nos références mentales.
Tags associés : refus de permis de construire, recours amiable, commission d\'urbanisme, rehabilitation
Le samedi 29 mai 2010 à 18h28 dans Architecture
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Mathieu (Visiteur)
Bonjour,
Merci de me contacter... contact@mathieuburthey.Com
Slts,
Mathieu
Vendredi 18 Juin 2010 à 21:08
Isa (Visiteur)
lol
Tout le monde n'aime pas les maisons de poupée non plus
Mardi 01 Juin 2010 à 13:58
anna (Visiteur)
Au risque de vous décevoir, vous mettez-vous à la place des voisins ? Tout le monde n'aime pas le moderne, et pour répondre à l'auteur du message précédent, ne mêlons pas les clichés à la polémique, tous les fonctionnaires ne sont pas pareils, il y en a qui aiment leur métier et qui le font très sérieusement.
Quant aux commissions d'urbanisme, je trouve ça très bien qu'elles soient constituées d'un échantillon lambda n'ayant rien à voir avec les théories et doctrines architecturales à la mode…
Mardi 01 Juin 2010 à 09:00
pouet44 (Visiteur)
Et je paris même que ce sont les mêmes qui ont trouvé le logo de l'Euro 2016 génial (-*
Mardi 01 Juin 2010 à 08:27
pouet44 (Visiteur)
Ce qui est inadmissible, c'est que ces fonctionnaires burocrates ne savent pas ce que c'est que de fournir un travail avant d'être payé, et qu'ils n'ont en conséquence aucun respects pour le travail des autres. A quoi ça sert de vouloir avancer main dans la main avec eux puisque ces gens-là appliquent systématiquement leurs droits de vie et de mort sur les autres de manière complètement lunatiques ! Vous avez raison, les membres de la commission d'urbanisme devraient avoir des diplômes de compétence adéquate avant de pouvoir se prononcer. C'est trop facile de dire c'est beau ou c'est moche et d'agir en temps que telle. Les goûts et les couleurs, ça ne se discutent pas, il n'y a qu'à regarder votre première photo avec le hangar industriel et la maison de poupée violette…
Mardi 01 Juin 2010 à 08:24
dplgil (Visiteur)
C'est une honte de voir à quel point le métier d'architecte est si peu reconnu dans ce pays. Le travail des ouvertures me rappelle André Wogenscky, collaborateur et disciple du Corbu, et le projet gagnerait en personnalité avec un traitement coloré des façades à la hauteur de la décoration intérieure, notamment sur l'auvent de l'entrée qui s'efface timidement sur les perspectives d'insertions. Le plan est très équilibré et je dirais presque qu'il l'est beaucoup plus que ceux qui ont décidé de refuser le permis !!!
Mardi 01 Juin 2010 à 01:28